Sur les 20.000 sages-femmes inscrites à l'Ordre, la moitié d'entre elles exercent à l'hôpital, 3.000 sont libérales -dont une partie travaille également en clinique-, le reste des sages-femmes étant employées en service de protection maternelle et infantile (PMI) ou en clinique privée, a rappelé Marie-Josée Keller, présidente du Cnosf. "Notre leitmotiv est l'intégration à l'université de nos cinq années de formation, qui sont reconnues à peine bac+2 quand on veut négocier un autre cursus", a souligné Marie-Cécile Moulinier, secrétaire générale du Cnosf. Il s'agit principalement pour les sages-femmes de pouvoir faire de la recherche dans leur domaine de compétence, c'est-à-dire la physiologie. "Souvent les mémoires des sages-femmes sont téléguidés par les médecins [et portent sur la pathologie]. Ils ne portent pas sur nos pratiques [les grossesses et accouchements physiologiques, ndlr], qui pourraient évoluer et entraîner une meilleure prise en charge des mères et des nouveau-nés", a évoqué Marie-Cécile Moulinier. Il serait par exemple intéressant d'évaluer l'impact des positions d'accouchement, qui pourraient faire diminuer le nombre d'épisiotomies, a-t-elle noté, ou encore étudier si l'on peut se passer du monitoring, ou évaluer l'utilité du Spasfon* pour améliorer la durée du travail, a ajouté Marianne Benoît-Truong, conseillère élue au Cnosf. Les représentantes de l'Ordre ont cité en exemple le Royaume-Uni où, malgré un système de santé déplorable, la périnatalité, elle, a des résultats très positifs, avec deux fois moins de gynécologues mais deux fois plus de sages-femmes, formées à l'université et prônant le suivi d'une femme par une même sage-femme. AUTONOMIE AU SEIN DE L'HOPITAL L'Ordre demande également une meilleure reconnaissance des sages-femmes et l'autonomie de leur exercice au sein de la fonction publique hospitalière, ce qui découlerait également de leur universitarisation. "En salle de naissance, on gère trois à quatre femmes en même temps, on n'a plus de temps à consacrer" à la parturiente, à ses demandes, à ses questions. "Les sages-femmes sont prises entre le nombre de parturientes à gérer et les protocoles, qui sont établis par les médecins. Elles ne peuvent pas s'exprimer dans ce cadre", a déploré Marianne Benoît-Truong. Ces protocoles poussent à la médicalisation de l'accouchement, estiment les sages-femmes. "Les médecins ont été formés à la prise en charge de la maladie. On a fait des protocoles [de prise en charge des parturientes] pour les gens malades", a-t-elle déploré. "Les sages-femmes veulent sortir de ce cadre de la fonction hospitalière, pour trouver une place à côté des autres professions médicales, comme les dentistes", a-t-elle indiqué. "En tant que professionnelles médicales, nous voulons être à même de déterminer les soins, la prise en charge des femmes. Il faut redonner aux femmes leur place dans la mise au monde de leur enfant", a-t-elle plaidé. Elle a également souligné le paradoxe de l'intégration de la formation infirmière au dispositif licence-master-doctorat (LMD) -qu'elle considère être une très bonne chose pour les infirmières-: alors qu'une sage-femme avec cinq ans d'études est embauchée au niveau bac+2 dans la fonction publique hospitalière, une infirmière l'est à bac+3. Marie-Josée Keller a rappelé que la commission des affaires sociales du Sénat avait adopté un amendement afin de reconnaître le diplôme des sages-femmes au niveau master, "ce qui permettra de porter la discussion [sur l'universitarisation des sages-femmes] en séance plénière". Roselyne Bachelot s'était par ailleurs déclarée favorable à l'universitarisation de la formation des sages-femmes, la semaine dernière lors de leur journée de mobilisation, dans un courrier adressé aux représentantes de la profession, indiquant qu'elle "donnera l'accord du gouvernement à un amendement parlementaire" lors de la discussion du projet de loi HPST au Sénat (cf dépêche APM COME5002). "Nous espérons que ce ne sera pas limité aux expérimentations qui se mettent en place à Brest et à Marseille, qu'il y aura un calendrier précis derrière, un groupe de travail" afin que ces expérimentations ne stagnent pas, comme celle de la sélection pour les écoles de sages-femmes en première année de médecine, qui a duré 10 ans sans évaluation, ont souligné à l'APM Marie-Cécile Moulinier et Anne-Marie Curat, trésorière du Cnosf. Il existe à Marseille un projet d'école universitaire, au sein de l'université, avec une autonomie de gestion, et à Brest un département dans la faculté de médecine, a précisé à l'APM Marie-Cécile Moulinier. cd/ab/san/APM
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