| Avis
du Conseil national de l'Ordre des sages-femmes concernant la concertation
sur l'expérimentation des maisons de naissance
1/
Le constat :
- Un grand nombre de femmes refuse une prise en charge médicalisée
de l’accouchement, en argumentant que l’accouchement est un
phénomène normal.
- Les sages-femmes libérales sont l’objet de demandes d’accouchement
à domicile, de plus en plus nombreuses.
- Par courrier électronique, le Conseil national de l'Ordre des
sages-femmes a, tous les jours, des demandes de ce type de prise en charge
de la part de futurs parents.
- Ne trouvant pas de sage-femme ou de très rares sages-femmes assurant
l’accouchement à domicile, des femmes prennent le risque
d’accoucher toutes seules, ou seules avec une doula, voire appellent
la sage-femme libérale au tout dernier moment, mettant la parturiente,
le nouveau-né et la sage-femme dans une situation de risques maximale.
- Force est de constater que l’offre de soins, dans le domaine de
l’obstétrique, doit changer. Les usagers, dont le CIANE nous
y obligent.
En 1972,
les textes signés par Mme DIENESCH ont entraîné la
fermeture des petites maternités dépourvues de bloc opératoire.
A l’époque, l’évaluation du risque ne se faisait
pas ou très peu.
Les décrets de périnatalité de 1998 ont restructuré
les maternités en différents niveaux.
Ces différentes dispositions ont contribué à l’amélioration
des résultats périnataux.
Par contre la fermeture en masse des petites maternités a considérablement
augmenté la charge de travail des grandes, sans augmentation de
moyens, les transformant en « usines à bébés
» avec toutes les conséquences délétères
pour la prise en charge psycho sociale des femmes.
2/ Les maisons de naissances qui existent
Regardons les pratiques dans les pays limitrophes (Belgique ; Allemagne
; Pays-Bas ; Suisse), ainsi qu’au Québec.
Dans ces 5 pays existent l’accouchement médicalisé
dans les hôpitaux, et l’accouchement en maison de naissance
et à domicile, avec des résultats périnataux meilleurs
ou équivalents à ceux de la France.
Ces pratiques
sont possibles grâce à :
- Une évaluation du risque qui se fait tout au long de la grossesse.
- La proximité de la maternité référente.
- Le partenariat avec les gynécologues obstétriciens, les
pédiatres du centre hospitalier référent.
- Des staffs d’évaluation des dossiers pour décider
de l’orientation de certaines parturientes.
- La formation poussée des sages-femmes à la mécanique
obstétricale.
- La confiance mutuelle entre médecins et sages-femmes.
- La possibilité de transfert à l’hôpital sans
jugement de valeur par rapport à la parturiente et à la
sage-femme.
3/ Les pôles
physiologiques
Pour une prise en charge non médicalisée de l’accouchement,
les pôles physiologiques dans les maternités sont à
développer, car ils sont faciles à mettre en place :
- Locaux disponibles
- Ouverture des plateaux techniques aux sages-femmes libérales
autorisée par la loi, mais mise en place rarissime.
- Changement des pratiques des sages-femmes hospitalières.
- Proximité immédiate de la salle d’accouchement,
en cas de changement d’avis de la parturiente ou de problème
obstétrical
- Préparation à la naissance « orientée »
pour ce type d’accouchement.
4/ L’expérimentation
des maisons de naissance
Cependant, même si comme au Québec, en France, il y a un
déficit en sages-femmes en général et en sages-femmes
libérales, en particulier, l’expérience de quelques
maisons de naissance est à tenter. (cf. article Madeleine AKRICH
« Comparaison France/Pays-Bas », revue de l’INPES N°
391 – sept-oct. 2007).
La formation universitaire des sages-femmes, l’augmentation du numérus
clausus, pourraient augmenter le nombre de professionnelles dans les prochaines
années.
Le changement de statut des sages-femmes hospitalières, entre autre,
leur permettrait également une activité libérale
en maison de naissance ou en pôle physiologique.
La prise en charge de l’accouchement normal est possible en maison
de naissance avec un minimum de moyens et de médicalisation (cf.
recommandations HAS modes de surveillances du rythme cardiaque fœtal
au cours de l’accouchement normal, mars 2002)
L’évaluation du coût de l’accouchement en maison
de naissance a été faite et s’avère moins coûteuse
pour l’assurance maladie.
Les maisons de naissance rencontrent un tel succès dans les pays
précités qu’il n’y a pas de raison que ce mode
de prise en charge ne fonctionne pas en France, même si ce type
de prise en charge est une véritable révolution culturelle.
CONCLUSION
L’ouverture
de maisons de naissance doit se faire car c’est une demande forte
des usagers et des sages-femmes.
- Les maisons de naissance sont possibles avec une bonne évaluation
du risque de la parturiente tout au long de la grossesse.
- La possibilité de staff gynécologues obstétriciens-sages-femmes
pour l’étude des dossiers de certaines parturientes devrait
être organisée.
- La confiance mutuelle entre ces deux professions est la condition absolue.
- L’évaluation de ces structures après 2 ans de fonctionnement
devra être envisagée.
- La mise en place des pôles physiologiques, avec l’ouverture
des plateaux techniques aux sages-femmes libérales semble être
aussi une initiative souhaitable immédiatement réalisable,
à peu de frais et répondant à la demande de certains
couples.
Le Conseil national de l'Ordre des sages-femmes
Voici
la position du Collège des sages-femmes concernant la concertation
sur l'expérimentation des maisons de naissance
Le CNSF donne un avis tout à fait favorable à ce projet
d’expérimentation. C’est une étape indispensable
à ce changement de mentalité attendu dans l’obstétrique
française, ceci pour le plus grand respect des futurs parents qui
sont en demande d’un choix plus large de lieux d’accouchement
physiologique.
Maintenant que les petites maternités sont fermées et que
le paysage obstétrical s’est recentré, une place doit
être donnée aux grossesses physiologiques et aux parents
désireux de vivre ce moment dans un climat à la fois sécurisant,
chaleureux et respectueux. Pour les grossesses à bas risque et
les familles qui le désirent, avoir une sage-femme référente
compétente et attentionnée est un gage de sécurité
et de bien-être, comme le prouvent les nombreux travaux effectués
dans différents pays (Canada, Allemagne,…) et élimine
une certaine forme d’interventionnisme iatrogène.
Le partenariat
mis en place entre la maison de naissance et l’équipe de
la maternité attenante, pour autant que cette collaboration soit
faite en bonne intelligence, assure la sécurité du dispositif.
Le dossier étant détenu par la patiente et pouvant être
partagé, l’information médicale sera connue de tous
et pourra, à tout moment, être réévaluée.
La maison
de naissance doit trouver sa place dans les réseaux concernés
(ville-hôpital, plus particulièrement) pour assurer une continuité
des soins. Si une femme nécessite un transfert, comme pour tout
transfert dans le cadre des réseaux périnatals, les sages
femmes libérales pourront, là aussi, assurer un lien indispensable.
Cette « révolution » ne fait pas l’unanimité
en obstétrique. Aussi la mise en œuvre de cette expérimentation
sur 3 ans doit-elle, pour ne pas se solder par un échec, être
structurée dans son organisation, son fonctionnement, son budget
et sa couverture assurantielle, comme le propose le cahier des charges
élaboré par la DHOS.
Il est aussi
tout à fait utile d’insister sur l’information claire
et loyale qui doit être donnée aux couples, et sur l’aspect
évolutif d’une grossesse qui peut faire qu’à
tout moment, les critères d’inclusion peuvent changer.
Un certain
malentendu persiste sur le terme Maison de Naissance : nous insistons
sur la définition donnée dans le document envoyé
par les services du Ministère de la Santé : « lieu
d’accueil de femmes enceintes, du début de leur grossesse
jusqu’à l’accouchement, sous la responsabilité
exclusive des sages femmes, dès lors que celui-ci se présente
comme à priori normal ».
En effet,
certaines maternités ont développé, en leur sein
des « espaces physiologiques » qui constituent une alternative
à l’accouchement classique et contribuent à augmenter
l’offre de soin souhaitée par les parents. Cependant ces
espaces physiologiques sont gérés par une équipe,
et ne répondent pas aux critères des MDN qui proposent une
et une seule personne référente avec qui la famille tisse
un lien particulier et singulier, tout au long de la grossesse.
Le Collège
National des Sages Femmes soutient donc le projet de MDN. Il est prêt
à s’y investir pour les 3 ans à venir.
Frédérique Teurnier
Présidente du CNSF
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